Archives de catégorie : Les intervenants

13/03/18
L’économie du crime
René Teboul*

L’économie du crime

Conférences-débats de René Teboul

2ème séance : Les fondements d’une analyse de l’économie du crime

La criminalité prend des formes économiques particulières. Non seulement son volume prend de l’ampleur, accompagnant la mondialisation des échanges et des flux de capitaux, mais elle intervient aussi dans le financement de l’économie légale. Dans cette série de séances, nous nous proposons d’essayer d’en évaluer l’ampleur et ses répercussions sur la réalité économique et sociale, puis d’essayer de voir comment l’analyse économique peut répondre à son développement, et enfin nous tenterons de comprendre comment la société peut y faire face, soit en réprimant les activités criminelles, soit en les légalisant.

*René Teboul est Maître de conférences (retraité) de l’Université de la Méditerranée, habilité à diriger des recherches, Directeur de recherche au CEFI-CNRS

Bibliographie

Tim Adler, Hollywood and the mob, Bloomsburry publishing, 2008.

Pino Arlacchi, La mafia imprenditrice, Il Mulino, 1983.

Pino Arlacchi, Buscetta, la mafia par l’un des siens, éditions du Félin, 1996.

Guisepe d’Avanzo et Attilio Bolzoni, Le serpent : Toto Riina le maître de Cosa Nostra, Editions du Toucan, 2009.

Dan Baum, Smoke and mirrors, The war on drugs and the politics failure, Little Brown and Co, 1996.

Dan Baum, Legalize it all, Harper’s magazine, April 2016.

Gary S. Becker, “Crime and punishment : an economic approach”, Journal of Political Economy, 1968.

Jeremy Bentham, Théorie des peines et des récompenses, Bossange, 2 volumes, 1825-1826.

Max Chaleil, Prostitution, le désir mystifié, éditions Parangon, 2002

Clotilde Champeyrache, Quand la mafia se légalise, Pour une approche économique institutionnaliste, CNRS éditions, 2016.

Louis Chevalier, Classes laborieuses et classes dangereuses, Plon, 1958.

Thierry Colombié, La french connection, les entreprises criminelles en France, Non lieu éditions, 2012.

Olivier Dabène, Les narcodémocraties andines, les études du CERI, n° 20, septembre 1996.

John Dickie, Cosa nostra : l’histoire de la mafia sicilienne, Buchet-Chastel, 2007.

William Dugger, Power : an insitutionnal framework of analysis, Journal of Economics issues, 14, pp. 897-907, 1980.

Francesco Forgione, Mafia export, Actes sud, 2010.

Richard Freeman, “The economics of crime”, in Handbook of labor economics, volume 3, Elsevier.

Global Financial Integrity, Transnational Crime and the Developping world, 2017.

Heishman SJ, Arasteh K, Stitzer ML. Comparative effects of alcohol and marijuana on mood, memory, and performance. Pharmacol Biochem Behav. 1997;58(1):93–101

James B. Jacobs, Mobsters, Unions and Feds, The Mafia and the American Labor Movement, New York University Press, 2006.

Pierre Kopp. « L’analyse économique des organisations criminelles ». Communications, 62, 1996. Vivre avec les drogues. pp. 155-166.

Xavier Lameyre, Le glaive sans la balance, Grasset, 2012

Salvatore Lupo, Storia de la mafia della origini ai nostri giorni, Donzelli, 1997.

Channing May, Transnational crime and the developing world, Global financial integrity, March 2017.

Moisés Naim, Le livre noir de l’économie mondiale, Grasset, 2005.

OFDT, Rapport 2006, état du phénomène de la drogue en Europe.

Jérôme Pierrat, Alexandre Sargos, YAKUSA – Enquête au cœur de la mafia japonaise, Flammarion, 2005.

Jérôme Pierrat et Christian Estavel, La guerre secrète des casinos, Fayard, 2007.

Hervé Pierre, L’économie criminelle, poison de la République, novembre 2015.

Paolo Pinotti, (2012), “The economic costs of organized crime: evidence from southern Italy”, Banca d’Italia, Temi di discussion number 868, 04.2012: 4-34.

Noël Pons, « Économie criminelle : vieilles ficelles et ruses insolites », Pouvoirs 2010/1 (n° 132), p. 29-40.

Ignacio Ramonet, « La longue guerre occulte contre le Nicaragua », Le monde diplomatique, février 1987.

Pascale Robert-Diard, La Déposition, Iconoclaste, 2016

Jacques de Saint Victor, Mafias, l’industrie de la peur, Editions du Rocher, 2008.

Jacques de Saint VictorUn pouvoir invisible – Les mafias et la société démocratique (XIXe-XXIe siècle), Gallimard, 2012

Roberto Saviano, Gomorra, Gallimard, 2007.

Roberto Saviano, « Rien n’arrête la Mafia, pas même les séismes », Courrier international, 21 avril 2004.

Roberto Saviano, Extra pure, voyage dans l’économie de la cocaïne, Gallimard, 2014.

Roberto Saviano, « Falcone voleva vivere e i suoi nemici non erano solo i mafiosi » Repubblica.it23 mai 2017 

Peter Dale ScottDrugs, oil, and war: the United States in Afghanistan, Colombia, and Indochina, Rowman & Littlefield, 2003

AF Shariff, M Rhemtulla (2012) Divergent Effects of Beliefs in Heaven and Hell on National Crime Rates. PLoS ONE 7(6): e39048. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0039048

Anthony Summers, Le plus grand salaud d’Amérique : J. E. Hoover, patron du FBI, Le seuil, 1995.

UNODC, Global study on homicide, 2013.

UNODC, Global report on trafficking in persons, 2016

UNODC, Rapport 2016 sur les drogues.

Ed Vulliamy, Amexica – la guerre contre le crime organisé sur la frontière Etats-Unis / Mexique, Albin Michel, 2013.

Peter Ward Fay, The opium war 1840-1842, University of North Carolina press, 1997

Howard Zinn, Une histoire du peuple des Etats-Unis, Agone, 2002.

20/02/18
L’économie du crime
René Teboul*

L’économie du crime

Conférences-débats de René Teboul

1ère séance : Les contours de l’économie du crime

La criminalité prend des formes économiques particulières. Non seulement son volume prend de l’ampleur, accompagnant la mondialisation des échanges et des flux de capitaux, mais elle intervient aussi dans le financement de l’économie légale. Dans cette série de séances, nous nous proposons d’essayer d’en évaluer l’ampleur et ses répercussions sur la réalité économique et sociale, puis d’essayer de voir comment l’analyse économique peut répondre à son développement, et enfin nous tenterons de comprendre comment la société peut y faire face, soit en réprimant les activités criminelles, soit en les légalisant.

*René Teboul est Maître de conférences (retraité) de l’Université de la Méditerranée, habilité à diriger des recherches, Directeur de recherche au CEFI-CNRS

Bibliographie

Tim Adler, Hollywood and the mob, Bloomsburry publishing, 2008.

Pino Arlacchi, La mafia imprenditrice, Il Mulino, 1983.

Pino Arlacchi, Buscetta, la mafia par l’un des siens, éditions du Félin, 1996.

Guisepe d’Avanzo et Attilio Bolzoni, Le serpent : Toto Riina le maître de Cosa Nostra, Editions du Toucan, 2009.

Dan Baum, Smoke and mirrors, The war on drugs and the politics failure, Little Brown and Co, 1996.

Dan Baum, Legalize it all, Harper’s magazine, April 2016.

Gary S. Becker, “Crime and punishment : an economic approach”, Journal of Political Economy, 1968.

Jeremy Bentham, Théorie des peines et des récompenses, Bossange, 2 volumes, 1825-1826.

Max Chaleil, Prostitution, le désir mystifié, éditions Parangon, 2002

Clotilde Champeyrache, Quand la mafia se légalise, Pour une approche économique institutionnaliste, CNRS éditions, 2016.

Louis Chevalier, Classes laborieuses et classes dangereuses, Plon, 1958.

Thierry Colombié, La french connection, les entreprises criminelles en France, Non lieu éditions, 2012.

Olivier Dabène, Les narcodémocraties andines, les études du CERI, n° 20, septembre 1996.

John Dickie, Cosa nostra : l’histoire de la mafia sicilienne, Buchet-Chastel, 2007.

William Dugger, Power : an insitutionnal framework of analysis, Journal of Economics issues, 14, pp. 897-907, 1980.

Francesco Forgione, Mafia export, Actes sud, 2010.

Richard Freeman, “The economics of crime”, in Handbook of labor economics, volume 3, Elsevier.

Global Financial Integrity, Transnational Crime and the Developping world, 2017.

Heishman SJ, Arasteh K, Stitzer ML. Comparative effects of alcohol and marijuana on mood, memory, and performance. Pharmacol Biochem Behav. 1997;58(1):93–101

James B. Jacobs, Mobsters, Unions and Feds, The Mafia and the American Labor Movement, New York University Press, 2006.

Pierre Kopp. « L’analyse économique des organisations criminelles ». Communications, 62, 1996. Vivre avec les drogues. pp. 155-166.

Xavier Lameyre, Le glaive sans la balance, Grasset, 2012

Salvatore Lupo, Storia de la mafia della origini ai nostri giorni, Donzelli, 1997.

Channing May, Transnational crime and the developing world, Global financial integrity, March 2017.

Moisés Naim, Le livre noir de l’économie mondiale, Grasset, 2005.

OFDT, Rapport 2006, état du phénomène de la drogue en Europe.

Jérôme Pierrat, Alexandre Sargos, YAKUSA – Enquête au cœur de la mafia japonaise, Flammarion, 2005.

Jérôme Pierrat et Christian Estavel, La guerre secrète des casinos, Fayard, 2007.

Hervé Pierre, L’économie criminelle, poison de la République, novembre 2015.

Paolo Pinotti, (2012), “The economic costs of organized crime: evidence from southern Italy”, Banca d’Italia, Temi di discussion number 868, 04.2012: 4-34.

Noël Pons, « Économie criminelle : vieilles ficelles et ruses insolites », Pouvoirs 2010/1 (n° 132), p. 29-40.

Ignacio Ramonet, « La longue guerre occulte contre le Nicaragua », Le monde diplomatique, février 1987.

Pascale Robert-Diard, La Déposition, Iconoclaste, 2016

Jacques de Saint Victor, Mafias, l’industrie de la peur, Editions du Rocher, 2008.

Jacques de Saint VictorUn pouvoir invisible – Les mafias et la société démocratique (XIXe-XXIe siècle), Gallimard, 2012

Roberto Saviano, Gomorra, Gallimard, 2007.

Roberto Saviano, « Rien n’arrête la Mafia, pas même les séismes », Courrier international, 21 avril 2004.

Roberto Saviano, Extra pure, voyage dans l’économie de la cocaïne, Gallimard, 2014.

Roberto Saviano, « Falcone voleva vivere e i suoi nemici non erano solo i mafiosi » Repubblica.it23 mai 2017 

Peter Dale ScottDrugs, oil, and war: the United States in Afghanistan, Colombia, and Indochina, Rowman & Littlefield, 2003

AF Shariff, M Rhemtulla (2012) Divergent Effects of Beliefs in Heaven and Hell on National Crime Rates. PLoS ONE 7(6): e39048. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0039048       

Anthony Summers, Le plus grand salaud d’Amérique : J. E. Hoover, patron du FBI, Le seuil, 1995.

UNODC, Global study on homicide, 2013.

UNODC, Global report on trafficking in persons, 2016

UNODC, Rapport 2016 sur les drogues.

Ed Vulliamy, Amexica – la guerre contre le crime organisé sur la frontière Etats-Unis / Mexique, Albin Michel, 2013.

Peter Ward Fay, The opium war 1840-1842, University of North Carolina press, 1997

Howard Zinn, Une histoire du peuple des Etats-Unis, Agone, 2002.

13/02/18
Les migrations
Célia Lamblin*

Célia Lamblin – sociologue*

Les migrations en France : de la politique d’immigration aux migrations comme problème social.

Séance 2 : Régulation et dérégulation des flux : des politiques nationales aux politiques européennes (1975-2015).

Depuis plusieurs années maintenant, il ne se passe pas une journée sans qu’ici ou là sur la planète, la question des migrations ne soit posée dans l’espace médiatique. Si les nombreux reportages réalisés donnent l’impression d’un phénomène en expansion, qu’en est-il de la réalité ?
Pourquoi le déplacement et le franchissement des frontières est-il si problématique ? Sans doute, le point de vue historique nous est d’un grand
secours pour comprendre que la manière dont les Etats traitent la question de l’immigration est étroitement liée à la construction et aux
transformations de nos sociétés. L’idée n’est pourtant pas de retracer de manière linéaire l’histoire de l’immigration en France mais bien de saisir à quel moment et dans quelle circonstance la catégorie nationale a acquis
un sens déterminant dans l’organisation des affaires humaines. Dans ce sens, nous garderons à l’esprit que s’intéresser aux migrations, c’est
aussi s’intéresser aux manières de faire société et qu’au-delà de concerner les personnes qui franchissent les frontières, les migrations s’inscrivent dans des processus complexes de transformation sociales, culturelles,
économiques et politiques.

*Célia Lamblin est sociologue au Labexmed

https://labexmed.nakalona.fr/exhibits/show/doctorants/celia-lamblin

Bibliographie

  • Bauman Z., Abensour A., 2010, Le coût humain de la mondialisation, Paris, Hachette Littératures.
  • Bigo D., Guild E., 2003, La mise à l’écart des étrangers: la logique du visa Schengen, Paris, Harmattan.
  • Bouamama S., 2010, Les discriminations racistes une arme de division massive, Paris, L’Harmattan.
  • Noiriel G., 2002, Atlas de l’immigration en France: exclusion, intégration…, Paris, Autrement.
  • Noiriel G., 2005, État, nation et immigration: vers une histoire du pouvoir, Paris, Gallimard (Collection Folio Histoire), 590 p.
  • Noiriel G., 2006, Le creuset français: histoire de l’immigration XIXe – XXe siècle, ed́. mise à jour et augmentée d’une préface, Paris, Éd. du Seuil (Points Histoire), 447 p.
  • Noiriel G., 2007a, À quoi sert « l’identité nationale », Marseille, Agone (Passé & présent), 154 p.
  • Noiriel G., 2007b, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-XXe siècle): discours publics, humiliations privées, [Paris], Fayard.
  • Spire A., 2005, Etrangers à la carte: l’administration de l’immigration en France, 1945-1975, Paris, Grasset, 402 p.
  • Spire A., 2008, Accueillir ou reconduire: Enquête sur les guichets de l’immigration, Paris, Raisons d’agir, 124 p.
  • Torpey J.C., 2005, L’invention du passeport: états, citoyenneté et surveillance, Paris, Belin.
  • Weil P., 199apr. J.-C., « Georges Mauco, expert en immigration : ethnoracisme pratique et antisémitisme fielleux », dans L’antisémistisme de plume 1940-1944, études et documents, dir. Pierre-André Taguieff, Berg International Editeurs, Paris, p. 267276. Disponible en ligne : http://www.patrick-weil.fr/wp-content/uploads/2014/07/1999-Georges-Mauco-expert-en-immigration.pdf

06/02/18
Les migrations
Célia Lamblin*

Célia Lamblin – sociologue*

Les migrations en France : de la politique d’immigration aux migrations comme problème social.

Séance 1 : Etat-Nation, contrôle des déplacements et politique d’immigration en France (1789-1975)
Depuis plusieurs années maintenant, il ne se passe pas une journée sans qu’ici ou là sur la planète, la question des migrations ne soit posée dans l’espace médiatique. Si les nombreux reportages réalisés donnent l’impression d’un phénomène en expansion, qu’en est-il de la réalité ?
Pourquoi le déplacement et le franchissement des frontières est-il si problématique ? Sans doute, le point de vue historique nous est d’un grand
secours pour comprendre que la manière dont les Etats traitent la question de l’immigration est étroitement liée à la construction et aux
transformations de nos sociétés. L’idée n’est pourtant pas de retracer de manière linéaire l’histoire de l’immigration en France mais bien de saisir à quel moment et dans quelle circonstance la catégorie nationale a acquis
un sens déterminant dans l’organisation des affaires humaines. Dans ce sens, nous garderons à l’esprit que s’intéresser aux migrations, c’est
aussi s’intéresser aux manières de faire société et qu’au-delà de concerner les personnes qui franchissent les frontières, les migrations s’inscrivent dans des processus complexes de transformation sociales, culturelles,
économiques et politiques.

*Célia Lamblin est sociologue au Labexmed

https://labexmed.nakalona.fr/exhibits/show/doctorants/celia-lamblin

30/01/18
L’émergence d’un système économique mondialisé
Bernard Tabuteau*

4/4 Le pouvoir évocateur du cinéma

Bernard Tabuteau*

 

Gilda Beschon**

Le pouvoir évocateur du cinéma traitera d’une des conséquences de l’émergence du système économique mondialisé : la pression sur le « coût » du travail et la montée, partout, de la précarisation.

 

*Docteur en économie, chargé de cours à l’université d’Aix-Marseille, chercheur en sciences sociales

A été directeur du service études de l’Insee, secrétaire général du CEREQ (centre d’études sur l’emploi et les qualifications)

**Gilda Beschon, précédemment chargée d’études à l’Insee ; passionnée depuis l’enfance par le cinéma, elle a suivi parallèlement des études cinématographiques. Elle a participé à la création de festivals de cinéma et rédigé des articles critiques pour des revues cinématographiques

 

23/01/18
L’émergence d’un système économique mondialisé
Bernard Tabuteau*

3/4 Analyse  des politiques d’adaptation (sous influence idéologique néo libérale) conduites par les Etats (baisse des coûts, flexibilité, recherche-innovation….)

Bernard Tabuteau*

L’émergence d’un système économique mondialisé

1/4 mondialisation des échanges

« Un système économique mondialisé (SEM) tend progressivement à émerger autour de trois composantes de plus en plus imbriquées : mondialisation des échanges, mondialisation financière et mondialisation productive (1ère partie).
L’émergence de ce SEM affaiblit le rôle des États qui mènent des politiques d’adaptation non coopératives visant à renforcer la compétitivité de « leurs » entreprises (2ème partie)
Cette mondialisation peu régulée par les États conduit dans les pays développés d’Occident à toute une série de contradictions peu ou mal maîtrisées, entre autres : contradiction entre l’intérêt des grandes entreprises et celui de la société, concurrence fiscale, pression sur les ressources naturelles, pression sur les coûts et montée de la précarisation, etc… (3ème partie)
La montée de la précarisation est observée dans toute les sociétés occidentales mais les chiffres qui la démontrent sont insuffisants pour rendre compte de cette réalité. C’est pourquoi les études sociologiques sont indispensables.

Au delà, le pouvoir évocateur du cinéma devient ici un élément clé de compréhension de notre monde (4ème partie) »

*Docteur en économie, chargé de cours à l’université d’Aix-Marseille, chercheur en sciences sociales

A été directeur du service études de l’Insee, secrétaire général du CEREQ (centre d’études sur l’emploi et les qualifications)

PREMIERE PARTIE : L’EMERGENCE D’UN SYSTEME ECONOMIQUE MONDIALISE
(Bernard Tabuteau, janvier 2018)

3 composantes de plus en plus intégrées : mondialisation des échanges + mondialisation financière + mondialisation productive

Chapitre 1 : La mondialisation des échanges

1. Depuis l’après guerre, la libération des échanges

L’impulsion aux échanges commerciaux, la conférence du GATT (1947)
Du GATT à l’OMC (1995) un processus multilatéral

Les difficultés de l’OMC

La reprise des négociations bilatérales : TPP, TTIP, CETA

Les grands enjeux : baisse des droits de douanes (y compris agricoles), harmonisation des normes non tarifaires, réciprocité ouverture des marchés publics, procédures de règlements des différends….

2. Le CETA occasion manquée pour accord d’un nouveau type

Contenu de l’accord :
.suppression quasi totalité des droits douanes + hausse des quotas autorisés d’exportation bœuf et blé par CAN….mais mesures de sauvegarde possibles pour UE
.interdiction entrées OGM et bœuf aux hormones dans l’UE

.accès facilité aux marchés publics du CAN
.reconnaissance par CAN d’une centaine d’AOP
.qqs avancées sur juridictions arbitrales…..
Ce n’est pas un accord exemplaire, pour réorienter la mondialisation :
.r
efuser les procédures d’arbitrage comme atteintes aux juridictions nationales
.inclure des mesures d’harmonisation fiscale et sociale, de lutte contre l’optimisation fiscale
.proposer une politique de coopération post COP 21 en matière d’économies d’énergie, de développement des énergies renouvelables, de protection de la biodiversité….

3. L’internationalisation des économies

.Exportations / PIB : 27 FR…., >40 ALL….., 15 EU, JAP……, 25 CH
.La montée en puissance de la Chine

.Le changement de modèle du commerce international : d’un commerce de biens manufacturés à un commerce intra-firmes (près de 40 % du commerce mondial)
.Le ralentissement du commerce international de puis 2008

Chapitre 2 : la mondialisation financière

1. Les grandes mutations de la décennie 1980-90

.La libéralisation financière : RU et EU puis UE avec Traité Acte Unique (1986) :
fin encadrement du crédit + libération des mouvements de capitaux + liberté d’établissement bancaire + vague de privatisation entreprises et banques
.L’indépendance des banques centrales : Traité de Maastricht (1992) pour BCE avec double conséquence : Etats doivent emprunter sur les marchés financiers + perdent maîtrise de la politique monétaire
.La justification idéologique : le néolibéralisme
Une critique des idées de Keynes jugées inadaptées dans une économie mondialisée
Principaux caractères : acteurs économiques rationnels et cherchent à optimiser leur situation + le marché concurrentiel est le lieu de rencontre entre acteurs rationnels + cette rencontre conduit à la meilleure situation économique…

Ces idées deviennent dominantes dans les années 1980-90 dans les grands pays développés et dans les institutions internationales : c’est le « consensus de Washington…renforcé par l’effondrement de l’URSS

2. Le renforcement du pouvoir financier

.Mouvement de fusion des banques pour atteindre un seuil critique à l’échelle monde
.Croissance exponentielle des produits dérivés : encours de + 700 000 mds $ (2015) contre 500 en 1990
.Titrisation : transformation de crédits hypothécaires en produits financiers (origine crise financière de 2008)
.Développement des fonds d’investissement avec pratique de l’effet de levier
.Le modèle de la banque universelle s’impose / modèle de séparation
.Les Firmes Multinationales (FMN) deviennent gouvernées par la finance : entrée au capital et pilotage de la gestion par le taux de rendement…..

3. La difficile régulation des mouvements de capitaux, la gestion de la crise de 2008 par les Etats

Le renforcement de l’oligopole bancaire lui permet d’échapper aux conséquences de sa politique (« too big to fail ») :

.soutien des Etats aux banques en difficulté (garanties, recapitalisation…)

.en UE les plans d’aides (Grèce, Irlande, Portugal…) ont consisté à racheter les créances douteuses des banques et à transformer les dettes des banques en dettes des Etats

Les limites des tentatives de régulation financière :

.échange automatique de données bancaires entre une centaine d’Etats en 2018 ?

.fixation d’un nouveau ratio de fonds propres des banques de 7 à 9 %
.titrisation un peu plus encadrée
.aucune réglementation des produits dérivés
.réforme bancaire française : pas de retour à la séparation banques de dépôts – banques d’affaires mais un « cantonnement »
.projet, en difficulté, de taxation des transactions financières en UE
.avancées et limites de l’Union Bancaire adoptée à l’échelle de l’UE (2015) : un double mécanisme de supervision et de régulation

Chapitre 3 : la mondialisation productive

A compter des 1980’-1990’ :

.la libération des mouvements de capitaux transforme profondément l’organisation de la production,

.l’internationalisation de la détention du capital des entreprises s’accélère,
.les institutions financières deviennent les actionnaires dominants des FMN

Conséquences multiples :

.mise en concurrence des territoires pour tirer profit des écarts de coûts, de fiscalité, d’intensité de la demande,
.le mouvement de délocalisation est d’autant plus accentué que la composante coût est plus importante dans la valeur du produit,
.les chaînes de production de biens (mais aussi de services) deviennent de + en + internationales et cette possibilité est permise par le progrès de l’informatique,

.l’internationalisation des chaînes de production c’est un déplacement progressif du centre de gravité des FMN

Exemple : l’internationalisation de l’industrie automobile

Depuis le début des 2000’ : chute de la production et de l’emploi en France, l’excédent du commerce extérieur se réduit jq se transformer en déficit à/c 2011

Positionnement Renault et PSA : low cost et moyen de gamme

Fort mouvement de délocalisation :

.Intensité Délocalisation (ID) = production mondiale-production domestique / production domestique :

FIAT RENAULT PSA WW MERCEDES BMW
66 70 65 155 31 31
206 295 167 189 40 56
.ce mouvement signifie la multiplication des sites de production dans les pays à bas coût
.Renault et PSA importent des véhicules en France et exportent des pièces détachées / WW privilégie l’assemblage final en Allemagne
.Mercedes et BMW pratiquent davantage une stratégie d’exportations

Internationalisation croissante des 2 groupes français :
.coûts de développement d’un modèle de + en + élevés et durées de vie plus courtes,
.mutualisation des investissements,
.économies d’échelles dans les domaines achats, production, RD,
.pénétration de marchés en croissance pour accroître les ventes (pénétration tardive en Chine),
.Renault membre d’une alliance avec Nissan (1999) et Mitsubichi (2016), le groupe fait partie du trio mondial,
.inscription plus tardive de PSA dans les partenariats : Dong Feng (2014), Opel (2017)

Négociation d’accords de flexibilité en 2013 et 2016-17 :
.PSA (juillet 2016) : 1000 embauches CDI sur 3 ans + intégration 200 emplois jeunes / an + maintien 85 % RD en France + production mini d’1 million véhicules / an en France (garantie avenir des sites)

Flexibilité par annualisation du temps de travail en fonction de l’activité

.Renault (janvier 2017) : embauches 3600CDI + reconduction 6000 contrats jeunes + maintien ensemble des sites en France
Flexibilité horaires de travail en fonction activité

Accentuation mouvements d’externalisation

Réduction du nombre de modèles

Délocalisations + baisse nette des emplois + accords de flexibilité + externalisation + … = baisse des coûts de production

A plus long terme nécessité de montée en gamme pour sortir concurrence par les coûts

DEUXIEME PARTIE : LES POLITIQUES D’ADAPTATION A LA MONDIALISATION

Qqs symptômes de la perte de compétitivité de la France :

.creusement du déficit commercial,

.perte de parts de marché plus importante qu’en Allemagne (en cause : rapport qualité-prix ; concentration sur un faible nombre de secteurs d’exportation ; positionnement insuffisant sur certains marchés porteurs)

Chapitre 1 : La compétitivité coût et son amélioration

Tous les pays de l’UE ont procédé dans les 2000’ à une ou plusieurs réformes du « marché du travail ».
Ces pays sont clients (aux 2/3) les uns des autres donc les réformes illustrent la mise en œuvre de politiques non coopératives.
L’Allemagne a été le 1er pays à agir massivement dans cette direction : les lois Harz (2003-05) sont emblématiques.

Coût salarial unitaire (salaire / productivité), 100 en 2000

ALL ESP FR IT RU

2008 100 132 120 128 122

2015 116 126 130 139 135

Coût total du travail secteur marchand en € / heure 2015 :

Pol 8,6…..It 28,1……ALL 32,2……FR 35,1……DK 41,3

Première voie d’amélioration : la baisse des cotisations sociales (CS)

Pacte de responsabilité : Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE) a/c 2013 + nouvelle baisse des CS a/c 2014 = allègement CS pour salaires compris entre 1 et 2,5 puis 3,5 SMIC

Objectif : baisse prix produits exportés et (ou) investissement par amélioration des marges

A la fin 2016 effets limités

Deuxième voie d’amélioration : la flexibilisation de l’organisation du travail

Adapter l’organisation du travail à une activité très concurrencée et soumise à fluctuations : c’est une voie indirecte de réduction des coûts

Contexte : hausse de la part des CDD, du TP, développement de « l’ubérisation »

Accord National Interprofessionnel, ANI (jan 2013) : possibilité pendant 2 ans (puis 5 avec loi Macron 2015) avec accord majoritaire d’entreprise d’augmenter ou baisser nb d’heures ou baisser les salaires de manière provisoire / garantie d’emploi

Multiplication d’accords d’entreprises (voir Renault, PSA) : davantage de flexibilité horaires + modération salariale / maintien du site ou de l’emploi sur moyen terme

Loi El Khomri (2016) : inversion de la hiérarchie des normes accords d’entreprises / accords de branches) sur la durée du travail et sa rémunération,

Ordonnances Macron (2017) :

.accords d’entreprises deviennent la norme,
.plafonnement des indemnités prud’homales en cas de licenciement,
.fusion des instances de représentation du personnel,
.possibilité de rupture conventionnelle collective….

Qqs réflexions :
.accroissement de la flexibilité / quelle sécurité supplémentaire ?
.le chômage : rigidité du droit du travail ou insuffisance de l’activité ?

.seule composante de la compétitivité = compétitivité coût ?

.réduction progressive protections offertes par droit du travail et transfert du risque sur le salarié

.aux Pays Bas effets pervers de 20 ans de flexibilité

Chapitre 2 : La compétitivité hors coûts et son amélioration

1. L’étroite spécialisation géographique et sectorielle de la France

2. RD et innovation, le constat

La place de RD est plus faible (et stable) que chez principaux concurrents

RD / PIB = entre 2 et 2,3 FR….2,8 et 3,0 ALL…2,7 EU ….3,5 JAP

3. Le passage RF-RA-Innovation reste plus problématique

Nb brevets déposés (2014) : 71700 EU…48600 JAP…31600 ALL…26400 CH…12900 FR

4. Le tissu industriel français pauvre en PME performantes

125 000 entreprises exportent en France contre 250 000 en Allemagne

5. Les recherches d’amélioration de la compétitivité hors coûts

Première voie : la réduction de la fiscalité sur les entreprises

Le taux d’IS est un déterminant de la compétitivité hors coûts via les marges et donc les potentialités d’investissement

Il fait l’objet d’une forte concurrence entre les pays et encourage les pratiques d’optimisation
Annonce baisse du taux d’IS (2022) + transformation ISF (2018) + taxe unique sur les revenus du capital (2018) = rapatriement des capitaux + attrait capitaux étrangers + investissement ds l’économie réelle (pari Macron)

Deuxième voie : les soutiens fiscaux à l’activité RD

Le Crédit Impôt Recherche (CIR) fonctionne depuis 2004 = crédit d’impôt de 30 % sur les dépenses de RD jq 100 millions

Evaluation (fin 2013) : attractif / labos ; déséquilibre coûts-avantages ; PME peu bénéficiaires

Troisième voie : la constitution de la BPI (Banque Publique d’Investissement) en 2013

Quatrième voie : les pôles de compétitivité (2005)

Faciliter liens RF-RA-Innovation sur un territoire…exemple : le pôle de compétences en immunologie de Marseille-Luminy

Qqs réflexions sur l’ensemble des dispositifs d’amélioration de la compétitivité :

.dispositifs très coûteux / impact réel

.systèmes de crédits d’impôts améliorent les marges mais quelle utilisation ?

.mesures de « flexibilisation » du travail renforcent le pouvoir de négociation des employeurs

. SURTOUT : ces dispositifs et mesures s’inscrivent dans une perspective de concurrence entre Etats yc au sein UE et repoussent la construction de politiques coopératives

TROISIEME PARTIE : UNE MONDIALISATION NON REGULEE, QQS CONSEQUENCES

Section 1 : du point de vue de la firme à celui de la société, la contradiction micro-macro

La mondialisation et la financiarisation des FMN

Jq la fin des 1970’ les grandes entreprises (GE) sont dominées par un actionnariat stable, principalement national, privilégiant la croissance à long terme

A/ c des 1980’ ce modèle éclate : prise de contrôle progressif des GE par les institutions financières ; ds le cadre d’une concurrence mondialisée hausse du cours de l’action = objectif central ; il en résulte pression sur les coûts et stratégies d’optimisation fiscale

Ces transformations ont d’importantes conséquences macroéconomiques :

.la contradiction autour du rôle du salaire -coût et pouvoir d’achat- débouche sur l’endettement (exemple des crédits titrisés dans l’immobilier puis dans l’automobile)

.la contradiction autour du rôle des recettes fiscales et sociales : coût (entreprise) et supports des dépenses publiques,

.la contradiction rentabilité financière/rentabilité économique : la contrainte de rentabilité pèse sur les investissements surtout à long terme et sur l’activité…..Les investissements de la transition énergétique dont rentabilité faible et aléatoire en difficulté,

.le rapport de forces économiques entre le capital financier et les Etats tourne à l’avantage des premiers : le renforcement du capital financier lui permet d’échapper aux conséquences de sa politique (sauvetage du monde financier post 2008 et alourdissement des finances publiques)

Section 2 : la pression sur le « coût du travail », la montée de la précarisation

Modalités : délocalisations, sous-traitance, travail détaché, contrats courts, flexibilisation de l’organisation du travail…

Montée des inégalités de revenu et de patrimoine a/c des années 1990 (voir Piketty)

Augmentation de la précarité :

.demandeurs d’emploi A +B +C : 3 millions (2008)…5,5 (2016) dont 2,6 longue durée (les DE catégories B et C = contrats courts, temps partiels, emplois inadaptés….)

.taux de chômage autour de 10 %….Ouvriers 15 %….jeunes > 20 %

.systèmes d’indemnisation moins favorables + pression accrûe sur demandeurs pour acceptation offres + pression sur services de l’emploi

.la montée de la précarisation se généralise dans l’UE

.conséquences : pertes de pouvoir d’achat et endettement ; mise en concurrence des salariés ; reclassement-déclassement accentué dans certaines zones ; détresse morale et physique ; concentration de la précarisation sur la « France périphérique »

Le pouvoir évocateur du cinéma : « La loi du marché » (Brizé, 2015) ; « 2 jours, une nuit » (frères Dardenne, 2014) ; « Moi Daniel Blake » (Loach, 2016)

Section 3 : la concurrence fiscale entre Etats et les pratiques d’optimisation fiscale

Concurrence entre Etats sur assiette et taux IS (impôt sociétés) 

Législations fiscales différentes conduisent aux pratiques d’optimisation et de « rulings » = assèchement des ressources des Etats et développement des paradis fiscaux : « Panama papers », « Paradise papers » révélateurs….rôle clé des grandes banques dans le transfert vers paradis….C’est la face cachée de la mondialisation

Début de réaction des Etats : échange automatique de données bancaires (2018) + enquêtes commission européenne sur les « rulings »

Section 4 : la pression sur les ressources et le réchauffement climatique, une autre mondialisation à l’oeuvre

L’empreinte écologique sur la Terre s’accentue : 0,6 (1960)….1,45 (2010)

Déforestation, fonte calotte glaciaire, appauvrissement de la biodiversité, émission de GES…

émissions GES x2 depuis 1970, nouvelle x2 d’ici 2050 si rien ne change

Avec + 10 mds habitants à l’horizon 2100 et + 4° de réchauffement l’adaptation est impossible

L’accord de Paris 2015, une régulation possible de la mondialisation climatique ?

Engagements volontaires des Etats aujourd’hui insuffisants + principe de responsabilité différenciée

Section 5 : la dépossession des Etats, un vide politique

Emergence d’un système économique mondialisé : triple mondialisation (échanges, financière, productive) + association concurrence-gouvernance comme principe de gouvernement

3 groupes d’acteurs clés : le système financiaro-productif ; les institutions supranationales ; les Etats seul cadre de politisation démocratique mais de plus en plus inopérant

Section 6 : une insertion maîtrisée dans la mondialisation, la Chine ?

16/01/18
L’émergence d’un système économique mondialisé
Bernard Tabuteau*

2/4 Mondialisation financière et mondialisation productive

Bernard Tabuteau*

L’émergence d’un système économique mondialisé

1/4 mondialisation des échanges

« Un système économique mondialisé (SEM) tend progressivement à émerger autour de trois composantes de plus en plus imbriquées : mondialisation des échanges, mondialisation financière et mondialisation productive (1ère partie).
L’émergence de ce SEM affaiblit le rôle des États qui mènent des politiques d’adaptation non coopératives visant à renforcer la compétitivité de « leurs » entreprises (2ème partie)
Cette mondialisation peu régulée par les États conduit dans les pays développés d’Occident à toute une série de contradictions peu ou mal maîtrisées, entre autres : contradiction entre l’intérêt des grandes entreprises et celui de la société, concurrence fiscale, pression sur les ressources naturelles, pression sur les coûts et montée de la précarisation, etc… (3ème partie)
La montée de la précarisation est observée dans toute les sociétés occidentales mais les chiffres qui la démontrent sont insuffisants pour rendre compte de cette réalité. C’est pourquoi les études sociologiques sont indispensables.

Au delà, le pouvoir évocateur du cinéma devient ici un élément clé de compréhension de notre monde (4ème partie) »

*Docteur en économie, chargé de cours à l’université d’Aix-Marseille, chercheur en sciences sociales

A été directeur du service études de l’Insee, secrétaire général du CEREQ (centre d’études sur l’emploi et les qualifications)

PREMIERE PARTIE : L’EMERGENCE D’UN SYSTEME ECONOMIQUE MONDIALISE
(Bernard Tabuteau, janvier 2018)

3 composantes de plus en plus intégrées : mondialisation des échanges + mondialisation financière + mondialisation productive

Chapitre 1 : La mondialisation des échanges

1. Depuis l’après guerre, la libération des échanges

L’impulsion aux échanges commerciaux, la conférence du GATT (1947)
Du GATT à l’OMC (1995) un processus multilatéral

Les difficultés de l’OMC

La reprise des négociations bilatérales : TPP, TTIP, CETA

Les grands enjeux : baisse des droits de douanes (y compris agricoles), harmonisation des normes non tarifaires, réciprocité ouverture des marchés publics, procédures de règlements des différends….

2. Le CETA occasion manquée pour accord d’un nouveau type

Contenu de l’accord :
.suppression quasi totalité des droits douanes + hausse des quotas autorisés d’exportation bœuf et blé par CAN….mais mesures de sauvegarde possibles pour UE
.interdiction entrées OGM et bœuf aux hormones dans l’UE

.accès facilité aux marchés publics du CAN
.reconnaissance par CAN d’une centaine d’AOP
.qqs avancées sur juridictions arbitrales…..
Ce n’est pas un accord exemplaire, pour réorienter la mondialisation :
.r
efuser les procédures d’arbitrage comme atteintes aux juridictions nationales
.inclure des mesures d’harmonisation fiscale et sociale, de lutte contre l’optimisation fiscale
.proposer une politique de coopération post COP 21 en matière d’économies d’énergie, de développement des énergies renouvelables, de protection de la biodiversité….

3. L’internationalisation des économies

.Exportations / PIB : 27 FR…., >40 ALL….., 15 EU, JAP……, 25 CH
.La montée en puissance de la Chine

.Le changement de modèle du commerce international : d’un commerce de biens manufacturés à un commerce intra-firmes (près de 40 % du commerce mondial)
.Le ralentissement du commerce international de puis 2008

Chapitre 2 : la mondialisation financière

1. Les grandes mutations de la décennie 1980-90

.La libéralisation financière : RU et EU puis UE avec Traité Acte Unique (1986) :
fin encadrement du crédit + libération des mouvements de capitaux + liberté d’établissement bancaire + vague de privatisation entreprises et banques
.L’indépendance des banques centrales : Traité de Maastricht (1992) pour BCE avec double conséquence : Etats doivent emprunter sur les marchés financiers + perdent maîtrise de la politique monétaire
.La justification idéologique : le néolibéralisme
Une critique des idées de Keynes jugées inadaptées dans une économie mondialisée
Principaux caractères : acteurs économiques rationnels et cherchent à optimiser leur situation + le marché concurrentiel est le lieu de rencontre entre acteurs rationnels + cette rencontre conduit à la meilleure situation économique…

Ces idées deviennent dominantes dans les années 1980-90 dans les grands pays développés et dans les institutions internationales : c’est le « consensus de Washington…renforcé par l’effondrement de l’URSS

2. Le renforcement du pouvoir financier

.Mouvement de fusion des banques pour atteindre un seuil critique à l’échelle monde
.Croissance exponentielle des produits dérivés : encours de + 700 000 mds $ (2015) contre 500 en 1990
.Titrisation : transformation de crédits hypothécaires en produits financiers (origine crise financière de 2008)
.Développement des fonds d’investissement avec pratique de l’effet de levier
.Le modèle de la banque universelle s’impose / modèle de séparation
.Les Firmes Multinationales (FMN) deviennent gouvernées par la finance : entrée au capital et pilotage de la gestion par le taux de rendement…..

3. La difficile régulation des mouvements de capitaux, la gestion de la crise de 2008 par les Etats

Le renforcement de l’oligopole bancaire lui permet d’échapper aux conséquences de sa politique (« too big to fail ») :

.soutien des Etats aux banques en difficulté (garanties, recapitalisation…)

.en UE les plans d’aides (Grèce, Irlande, Portugal…) ont consisté à racheter les créances douteuses des banques et à transformer les dettes des banques en dettes des Etats

Les limites des tentatives de régulation financière :

.échange automatique de données bancaires entre une centaine d’Etats en 2018 ?

.fixation d’un nouveau ratio de fonds propres des banques de 7 à 9 %
.titrisation un peu plus encadrée
.aucune réglementation des produits dérivés
.réforme bancaire française : pas de retour à la séparation banques de dépôts – banques d’affaires mais un « cantonnement »
.projet, en difficulté, de taxation des transactions financières en UE
.avancées et limites de l’Union Bancaire adoptée à l’échelle de l’UE (2015) : un double mécanisme de supervision et de régulation

Chapitre 3 : la mondialisation productive

A compter des 1980’-1990’ :

.la libération des mouvements de capitaux transforme profondément l’organisation de la production,

.l’internationalisation de la détention du capital des entreprises s’accélère,
.les institutions financières deviennent les actionnaires dominants des FMN

Conséquences multiples :

.mise en concurrence des territoires pour tirer profit des écarts de coûts, de fiscalité, d’intensité de la demande,
.le mouvement de délocalisation est d’autant plus accentué que la composante coût est plus importante dans la valeur du produit,
.les chaînes de production de biens (mais aussi de services) deviennent de + en + internationales et cette possibilité est permise par le progrès de l’informatique,

.l’internationalisation des chaînes de production c’est un déplacement progressif du centre de gravité des FMN

Exemple : l’internationalisation de l’industrie automobile

Depuis le début des 2000’ : chute de la production et de l’emploi en France, l’excédent du commerce extérieur se réduit jq se transformer en déficit à/c 2011

Positionnement Renault et PSA : low cost et moyen de gamme

Fort mouvement de délocalisation :

.Intensité Délocalisation (ID) = production mondiale-production domestique / production domestique :

FIAT RENAULT PSA WW MERCEDES BMW
66 70 65 155 31 31
206 295 167 189 40 56
.ce mouvement signifie la multiplication des sites de production dans les pays à bas coût
.Renault et PSA importent des véhicules en France et exportent des pièces détachées / WW privilégie l’assemblage final en Allemagne
.Mercedes et BMW pratiquent davantage une stratégie d’exportations

Internationalisation croissante des 2 groupes français :
.coûts de développement d’un modèle de + en + élevés et durées de vie plus courtes,
.mutualisation des investissements,
.économies d’échelles dans les domaines achats, production, RD,
.pénétration de marchés en croissance pour accroître les ventes (pénétration tardive en Chine),
.Renault membre d’une alliance avec Nissan (1999) et Mitsubichi (2016), le groupe fait partie du trio mondial,
.inscription plus tardive de PSA dans les partenariats : Dong Feng (2014), Opel (2017)

Négociation d’accords de flexibilité en 2013 et 2016-17 :
.PSA (juillet 2016) : 1000 embauches CDI sur 3 ans + intégration 200 emplois jeunes / an + maintien 85 % RD en France + production mini d’1 million véhicules / an en France (garantie avenir des sites)

Flexibilité par annualisation du temps de travail en fonction de l’activité

.Renault (janvier 2017) : embauches 3600CDI + reconduction 6000 contrats jeunes + maintien ensemble des sites en France
Flexibilité horaires de travail en fonction activité

Accentuation mouvements d’externalisation

Réduction du nombre de modèles

Délocalisations + baisse nette des emplois + accords de flexibilité + externalisation + … = baisse des coûts de production

A plus long terme nécessité de montée en gamme pour sortir concurrence par les coûts

DEUXIEME PARTIE : LES POLITIQUES D’ADAPTATION A LA MONDIALISATION

Qqs symptômes de la perte de compétitivité de la France :

.creusement du déficit commercial,

.perte de parts de marché plus importante qu’en Allemagne (en cause : rapport qualité-prix ; concentration sur un faible nombre de secteurs d’exportation ; positionnement insuffisant sur certains marchés porteurs)

Chapitre 1 : La compétitivité coût et son amélioration

Tous les pays de l’UE ont procédé dans les 2000’ à une ou plusieurs réformes du « marché du travail ».
Ces pays sont clients (aux 2/3) les uns des autres donc les réformes illustrent la mise en œuvre de politiques non coopératives.
L’Allemagne a été le 1er pays à agir massivement dans cette direction : les lois Harz (2003-05) sont emblématiques.

Coût salarial unitaire (salaire / productivité), 100 en 2000

ALL ESP FR IT RU

2008 100 132 120 128 122

2015 116 126 130 139 135

Coût total du travail secteur marchand en € / heure 2015 :

Pol 8,6…..It 28,1……ALL 32,2……FR 35,1……DK 41,3

Première voie d’amélioration : la baisse des cotisations sociales (CS)

Pacte de responsabilité : Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE) a/c 2013 + nouvelle baisse des CS a/c 2014 = allègement CS pour salaires compris entre 1 et 2,5 puis 3,5 SMIC

Objectif : baisse prix produits exportés et (ou) investissement par amélioration des marges

A la fin 2016 effets limités

Deuxième voie d’amélioration : la flexibilisation de l’organisation du travail

Adapter l’organisation du travail à une activité très concurrencée et soumise à fluctuations : c’est une voie indirecte de réduction des coûts

Contexte : hausse de la part des CDD, du TP, développement de « l’ubérisation »

Accord National Interprofessionnel, ANI (jan 2013) : possibilité pendant 2 ans (puis 5 avec loi Macron 2015) avec accord majoritaire d’entreprise d’augmenter ou baisser nb d’heures ou baisser les salaires de manière provisoire / garantie d’emploi

Multiplication d’accords d’entreprises (voir Renault, PSA) : davantage de flexibilité horaires + modération salariale / maintien du site ou de l’emploi sur moyen terme

Loi El Khomri (2016) : inversion de la hiérarchie des normes accords d’entreprises / accords de branches) sur la durée du travail et sa rémunération,

Ordonnances Macron (2017) :

.accords d’entreprises deviennent la norme,
.plafonnement des indemnités prud’homales en cas de licenciement,
.fusion des instances de représentation du personnel,
.possibilité de rupture conventionnelle collective….

Qqs réflexions :
.accroissement de la flexibilité / quelle sécurité supplémentaire ?
.le chômage : rigidité du droit du travail ou insuffisance de l’activité ?

.seule composante de la compétitivité = compétitivité coût ?

.réduction progressive protections offertes par droit du travail et transfert du risque sur le salarié

.aux Pays Bas effets pervers de 20 ans de flexibilité

Chapitre 2 : La compétitivité hors coûts et son amélioration

1. L’étroite spécialisation géographique et sectorielle de la France

2. RD et innovation, le constat

La place de RD est plus faible (et stable) que chez principaux concurrents

RD / PIB = entre 2 et 2,3 FR….2,8 et 3,0 ALL…2,7 EU ….3,5 JAP

3. Le passage RF-RA-Innovation reste plus problématique

Nb brevets déposés (2014) : 71700 EU…48600 JAP…31600 ALL…26400 CH…12900 FR

4. Le tissu industriel français pauvre en PME performantes

125 000 entreprises exportent en France contre 250 000 en Allemagne

5. Les recherches d’amélioration de la compétitivité hors coûts

Première voie : la réduction de la fiscalité sur les entreprises

Le taux d’IS est un déterminant de la compétitivité hors coûts via les marges et donc les potentialités d’investissement

Il fait l’objet d’une forte concurrence entre les pays et encourage les pratiques d’optimisation
Annonce baisse du taux d’IS (2022) + transformation ISF (2018) + taxe unique sur les revenus du capital (2018) = rapatriement des capitaux + attrait capitaux étrangers + investissement ds l’économie réelle (pari Macron)

Deuxième voie : les soutiens fiscaux à l’activité RD

Le Crédit Impôt Recherche (CIR) fonctionne depuis 2004 = crédit d’impôt de 30 % sur les dépenses de RD jq 100 millions

Evaluation (fin 2013) : attractif / labos ; déséquilibre coûts-avantages ; PME peu bénéficiaires

Troisième voie : la constitution de la BPI (Banque Publique d’Investissement) en 2013

Quatrième voie : les pôles de compétitivité (2005)

Faciliter liens RF-RA-Innovation sur un territoire…exemple : le pôle de compétences en immunologie de Marseille-Luminy

Qqs réflexions sur l’ensemble des dispositifs d’amélioration de la compétitivité :

.dispositifs très coûteux / impact réel

.systèmes de crédits d’impôts améliorent les marges mais quelle utilisation ?

.mesures de « flexibilisation » du travail renforcent le pouvoir de négociation des employeurs

. SURTOUT : ces dispositifs et mesures s’inscrivent dans une perspective de concurrence entre Etats yc au sein UE et repoussent la construction de politiques coopératives

TROISIEME PARTIE : UNE MONDIALISATION NON REGULEE, QQS CONSEQUENCES

Section 1 : du point de vue de la firme à celui de la société, la contradiction micro-macro

La mondialisation et la financiarisation des FMN

Jq la fin des 1970’ les grandes entreprises (GE) sont dominées par un actionnariat stable, principalement national, privilégiant la croissance à long terme

A/ c des 1980’ ce modèle éclate : prise de contrôle progressif des GE par les institutions financières ; ds le cadre d’une concurrence mondialisée hausse du cours de l’action = objectif central ; il en résulte pression sur les coûts et stratégies d’optimisation fiscale

Ces transformations ont d’importantes conséquences macroéconomiques :

.la contradiction autour du rôle du salaire -coût et pouvoir d’achat- débouche sur l’endettement (exemple des crédits titrisés dans l’immobilier puis dans l’automobile)

.la contradiction autour du rôle des recettes fiscales et sociales : coût (entreprise) et supports des dépenses publiques,

.la contradiction rentabilité financière/rentabilité économique : la contrainte de rentabilité pèse sur les investissements surtout à long terme et sur l’activité…..Les investissements de la transition énergétique dont rentabilité faible et aléatoire en difficulté,

.le rapport de forces économiques entre le capital financier et les Etats tourne à l’avantage des premiers : le renforcement du capital financier lui permet d’échapper aux conséquences de sa politique (sauvetage du monde financier post 2008 et alourdissement des finances publiques)

Section 2 : la pression sur le « coût du travail », la montée de la précarisation

Modalités : délocalisations, sous-traitance, travail détaché, contrats courts, flexibilisation de l’organisation du travail…

Montée des inégalités de revenu et de patrimoine a/c des années 1990 (voir Piketty)

Augmentation de la précarité :

.demandeurs d’emploi A +B +C : 3 millions (2008)…5,5 (2016) dont 2,6 longue durée (les DE catégories B et C = contrats courts, temps partiels, emplois inadaptés….)

.taux de chômage autour de 10 %….Ouvriers 15 %….jeunes > 20 %

.systèmes d’indemnisation moins favorables + pression accrûe sur demandeurs pour acceptation offres + pression sur services de l’emploi

.la montée de la précarisation se généralise dans l’UE

.conséquences : pertes de pouvoir d’achat et endettement ; mise en concurrence des salariés ; reclassement-déclassement accentué dans certaines zones ; détresse morale et physique ; concentration de la précarisation sur la « France périphérique »

Le pouvoir évocateur du cinéma : « La loi du marché » (Brizé, 2015) ; « 2 jours, une nuit » (frères Dardenne, 2014) ; « Moi Daniel Blake » (Loach, 2016)

Section 3 : la concurrence fiscale entre Etats et les pratiques d’optimisation fiscale

Concurrence entre Etats sur assiette et taux IS (impôt sociétés) 

Législations fiscales différentes conduisent aux pratiques d’optimisation et de « rulings » = assèchement des ressources des Etats et développement des paradis fiscaux : « Panama papers », « Paradise papers » révélateurs….rôle clé des grandes banques dans le transfert vers paradis….C’est la face cachée de la mondialisation

Début de réaction des Etats : échange automatique de données bancaires (2018) + enquêtes commission européenne sur les « rulings »

Section 4 : la pression sur les ressources et le réchauffement climatique, une autre mondialisation à l’oeuvre

L’empreinte écologique sur la Terre s’accentue : 0,6 (1960)….1,45 (2010)

Déforestation, fonte calotte glaciaire, appauvrissement de la biodiversité, émission de GES…

émissions GES x2 depuis 1970, nouvelle x2 d’ici 2050 si rien ne change

Avec + 10 mds habitants à l’horizon 2100 et + 4° de réchauffement l’adaptation est impossible

L’accord de Paris 2015, une régulation possible de la mondialisation climatique ?

Engagements volontaires des Etats aujourd’hui insuffisants + principe de responsabilité différenciée

Section 5 : la dépossession des Etats, un vide politique

Emergence d’un système économique mondialisé : triple mondialisation (échanges, financière, productive) + association concurrence-gouvernance comme principe de gouvernement

3 groupes d’acteurs clés : le système financiaro-productif ; les institutions supranationales ; les Etats seul cadre de politisation démocratique mais de plus en plus inopérant

Section 6 : une insertion maîtrisée dans la mondialisation, la Chine ?

09/01/18
L’émergence d’un système économique mondialisé
Bernard Tabuteau*

Bernard Tabuteau*

1/4 mondialisation des échanges

« Un système économique mondialisé (SEM) tend progressivement à émerger autour de trois composantes de plus en plus imbriquées : mondialisation des échanges, mondialisation financière et mondialisation productive (1ère partie).
L’émergence de ce SEM affaiblit le rôle des États qui mènent des politiques d’adaptation non coopératives visant à renforcer la compétitivité de « leurs » entreprises (2ème partie)
Cette mondialisation peu régulée par les États conduit dans les pays développés d’Occident à toute une série de contradictions peu ou mal maîtrisées, entre autres : contradiction entre l’intérêt des grandes entreprises et celui de la société, concurrence fiscale, pression sur les ressources naturelles, pression sur les coûts et montée de la précarisation, etc… (3ème partie)
La montée de la précarisation est observée dans toute les sociétés occidentales mais les chiffres qui la démontrent sont insuffisants pour rendre compte de cette réalité. C’est pourquoi les études sociologiques sont indispensables.

Au delà, le pouvoir évocateur du cinéma devient ici un élément clé de compréhension de notre monde (4ème partie) »

*Docteur en économie, chargé de cours à l’université d’Aix-Marseille, chercheur en sciences sociales

A été directeur du service études de l’Insee, secrétaire général du CEREQ (centre d’études sur l’emploi et les qualifications)

PREMIERE PARTIE : L’EMERGENCE D’UN SYSTEME ECONOMIQUE MONDIALISE
(Bernard Tabuteau, janvier 2018)

3 composantes de plus en plus intégrées : mondialisation des échanges + mondialisation financière + mondialisation productive

Chapitre 1 : La mondialisation des échanges

1. Depuis l’après guerre, la libération des échanges

L’impulsion aux échanges commerciaux, la conférence du GATT (1947)
Du GATT à l’OMC (1995) un processus multilatéral

Les difficultés de l’OMC

La reprise des négociations bilatérales : TPP, TTIP, CETA

Les grands enjeux : baisse des droits de douanes (y compris agricoles), harmonisation des normes non tarifaires, réciprocité ouverture des marchés publics, procédures de règlements des différends….

2. Le CETA occasion manquée pour accord d’un nouveau type

Contenu de l’accord :
.suppression quasi totalité des droits douanes + hausse des quotas autorisés d’exportation bœuf et blé par CAN….mais mesures de sauvegarde possibles pour UE
.interdiction entrées OGM et bœuf aux hormones dans l’UE

.accès facilité aux marchés publics du CAN
.reconnaissance par CAN d’une centaine d’AOP
.qqs avancées sur juridictions arbitrales…..
Ce n’est pas un accord exemplaire, pour réorienter la mondialisation :
.r
efuser les procédures d’arbitrage comme atteintes aux juridictions nationales
.inclure des mesures d’harmonisation fiscale et sociale, de lutte contre l’optimisation fiscale
.proposer une politique de coopération post COP 21 en matière d’économies d’énergie, de développement des énergies renouvelables, de protection de la biodiversité….

3. L’internationalisation des économies

.Exportations / PIB : 27 FR…., >40 ALL….., 15 EU, JAP……, 25 CH
.La montée en puissance de la Chine

.Le changement de modèle du commerce international : d’un commerce de biens manufacturés à un commerce intra-firmes (près de 40 % du commerce mondial)
.Le ralentissement du commerce international de puis 2008

Chapitre 2 : la mondialisation financière

1. Les grandes mutations de la décennie 1980-90

.La libéralisation financière : RU et EU puis UE avec Traité Acte Unique (1986) :
fin encadrement du crédit + libération des mouvements de capitaux + liberté d’établissement bancaire + vague de privatisation entreprises et banques
.L’indépendance des banques centrales : Traité de Maastricht (1992) pour BCE avec double conséquence : Etats doivent emprunter sur les marchés financiers + perdent maîtrise de la politique monétaire
.La justification idéologique : le néolibéralisme
Une critique des idées de Keynes jugées inadaptées dans une économie mondialisée
Principaux caractères : acteurs économiques rationnels et cherchent à optimiser leur situation + le marché concurrentiel est le lieu de rencontre entre acteurs rationnels + cette rencontre conduit à la meilleure situation économique…

Ces idées deviennent dominantes dans les années 1980-90 dans les grands pays développés et dans les institutions internationales : c’est le « consensus de Washington…renforcé par l’effondrement de l’URSS

2. Le renforcement du pouvoir financier

.Mouvement de fusion des banques pour atteindre un seuil critique à l’échelle monde
.Croissance exponentielle des produits dérivés : encours de + 700 000 mds $ (2015) contre 500 en 1990
.Titrisation : transformation de crédits hypothécaires en produits financiers (origine crise financière de 2008)
.Développement des fonds d’investissement avec pratique de l’effet de levier
.Le modèle de la banque universelle s’impose / modèle de séparation
.Les Firmes Multinationales (FMN) deviennent gouvernées par la finance : entrée au capital et pilotage de la gestion par le taux de rendement…..

3. La difficile régulation des mouvements de capitaux, la gestion de la crise de 2008 par les Etats

Le renforcement de l’oligopole bancaire lui permet d’échapper aux conséquences de sa politique (« too big to fail ») :

.soutien des Etats aux banques en difficulté (garanties, recapitalisation…)

.en UE les plans d’aides (Grèce, Irlande, Portugal…) ont consisté à racheter les créances douteuses des banques et à transformer les dettes des banques en dettes des Etats

Les limites des tentatives de régulation financière :

.échange automatique de données bancaires entre une centaine d’Etats en 2018 ?

.fixation d’un nouveau ratio de fonds propres des banques de 7 à 9 %
.titrisation un peu plus encadrée
.aucune réglementation des produits dérivés
.réforme bancaire française : pas de retour à la séparation banques de dépôts – banques d’affaires mais un « cantonnement »
.projet, en difficulté, de taxation des transactions financières en UE
.avancées et limites de l’Union Bancaire adoptée à l’échelle de l’UE (2015) : un double mécanisme de supervision et de régulation

Chapitre 3 : la mondialisation productive

A compter des 1980’-1990’ :

.la libération des mouvements de capitaux transforme profondément l’organisation de la production,

.l’internationalisation de la détention du capital des entreprises s’accélère,
.les institutions financières deviennent les actionnaires dominants des FMN

Conséquences multiples :

.mise en concurrence des territoires pour tirer profit des écarts de coûts, de fiscalité, d’intensité de la demande,
.le mouvement de délocalisation est d’autant plus accentué que la composante coût est plus importante dans la valeur du produit,
.les chaînes de production de biens (mais aussi de services) deviennent de + en + internationales et cette possibilité est permise par le progrès de l’informatique,

.l’internationalisation des chaînes de production c’est un déplacement progressif du centre de gravité des FMN

Exemple : l’internationalisation de l’industrie automobile

Depuis le début des 2000’ : chute de la production et de l’emploi en France, l’excédent du commerce extérieur se réduit jq se transformer en déficit à/c 2011

Positionnement Renault et PSA : low cost et moyen de gamme

Fort mouvement de délocalisation :

.Intensité Délocalisation (ID) = production mondiale-production domestique / production domestique :

FIAT RENAULT PSA WW MERCEDES BMW
66 70 65 155 31 31
206 295 167 189 40 56
.ce mouvement signifie la multiplication des sites de production dans les pays à bas coût
.Renault et PSA importent des véhicules en France et exportent des pièces détachées / WW privilégie l’assemblage final en Allemagne
.Mercedes et BMW pratiquent davantage une stratégie d’exportations

Internationalisation croissante des 2 groupes français :
.coûts de développement d’un modèle de + en + élevés et durées de vie plus courtes,
.mutualisation des investissements,
.économies d’échelles dans les domaines achats, production, RD,
.pénétration de marchés en croissance pour accroître les ventes (pénétration tardive en Chine),
.Renault membre d’une alliance avec Nissan (1999) et Mitsubichi (2016), le groupe fait partie du trio mondial,
.inscription plus tardive de PSA dans les partenariats : Dong Feng (2014), Opel (2017)

Négociation d’accords de flexibilité en 2013 et 2016-17 :
.PSA (juillet 2016) : 1000 embauches CDI sur 3 ans + intégration 200 emplois jeunes / an + maintien 85 % RD en France + production mini d’1 million véhicules / an en France (garantie avenir des sites)

Flexibilité par annualisation du temps de travail en fonction de l’activité

.Renault (janvier 2017) : embauches 3600CDI + reconduction 6000 contrats jeunes + maintien ensemble des sites en France
Flexibilité horaires de travail en fonction activité

Accentuation mouvements d’externalisation

Réduction du nombre de modèles

Délocalisations + baisse nette des emplois + accords de flexibilité + externalisation + … = baisse des coûts de production

A plus long terme nécessité de montée en gamme pour sortir concurrence par les coûts

DEUXIEME PARTIE : LES POLITIQUES D’ADAPTATION A LA MONDIALISATION

Qqs symptômes de la perte de compétitivité de la France :

.creusement du déficit commercial,

.perte de parts de marché plus importante qu’en Allemagne (en cause : rapport qualité-prix ; concentration sur un faible nombre de secteurs d’exportation ; positionnement insuffisant sur certains marchés porteurs)

Chapitre 1 : La compétitivité coût et son amélioration

Tous les pays de l’UE ont procédé dans les 2000’ à une ou plusieurs réformes du « marché du travail ».
Ces pays sont clients (aux 2/3) les uns des autres donc les réformes illustrent la mise en œuvre de politiques non coopératives.
L’Allemagne a été le 1er pays à agir massivement dans cette direction : les lois Harz (2003-05) sont emblématiques.

Coût salarial unitaire (salaire / productivité), 100 en 2000

ALL ESP FR IT RU

2008 100 132 120 128 122

2015 116 126 130 139 135

Coût total du travail secteur marchand en € / heure 2015 :

Pol 8,6…..It 28,1……ALL 32,2……FR 35,1……DK 41,3

Première voie d’amélioration : la baisse des cotisations sociales (CS)

Pacte de responsabilité : Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE) a/c 2013 + nouvelle baisse des CS a/c 2014 = allègement CS pour salaires compris entre 1 et 2,5 puis 3,5 SMIC

Objectif : baisse prix produits exportés et (ou) investissement par amélioration des marges

A la fin 2016 effets limités

Deuxième voie d’amélioration : la flexibilisation de l’organisation du travail

Adapter l’organisation du travail à une activité très concurrencée et soumise à fluctuations : c’est une voie indirecte de réduction des coûts

Contexte : hausse de la part des CDD, du TP, développement de « l’ubérisation »

Accord National Interprofessionnel, ANI (jan 2013) : possibilité pendant 2 ans (puis 5 avec loi Macron 2015) avec accord majoritaire d’entreprise d’augmenter ou baisser nb d’heures ou baisser les salaires de manière provisoire / garantie d’emploi

Multiplication d’accords d’entreprises (voir Renault, PSA) : davantage de flexibilité horaires + modération salariale / maintien du site ou de l’emploi sur moyen terme

Loi El Khomri (2016) : inversion de la hiérarchie des normes accords d’entreprises / accords de branches) sur la durée du travail et sa rémunération,

Ordonnances Macron (2017) :

.accords d’entreprises deviennent la norme,
.plafonnement des indemnités prud’homales en cas de licenciement,
.fusion des instances de représentation du personnel,
.possibilité de rupture conventionnelle collective….

Qqs réflexions :
.accroissement de la flexibilité / quelle sécurité supplémentaire ?
.le chômage : rigidité du droit du travail ou insuffisance de l’activité ?

.seule composante de la compétitivité = compétitivité coût ?

.réduction progressive protections offertes par droit du travail et transfert du risque sur le salarié

.aux Pays Bas effets pervers de 20 ans de flexibilité

Chapitre 2 : La compétitivité hors coûts et son amélioration

1. L’étroite spécialisation géographique et sectorielle de la France

2. RD et innovation, le constat

La place de RD est plus faible (et stable) que chez principaux concurrents

RD / PIB = entre 2 et 2,3 FR….2,8 et 3,0 ALL…2,7 EU ….3,5 JAP

3. Le passage RF-RA-Innovation reste plus problématique

Nb brevets déposés (2014) : 71700 EU…48600 JAP…31600 ALL…26400 CH…12900 FR

4. Le tissu industriel français pauvre en PME performantes

125 000 entreprises exportent en France contre 250 000 en Allemagne

5. Les recherches d’amélioration de la compétitivité hors coûts

Première voie : la réduction de la fiscalité sur les entreprises

Le taux d’IS est un déterminant de la compétitivité hors coûts via les marges et donc les potentialités d’investissement

Il fait l’objet d’une forte concurrence entre les pays et encourage les pratiques d’optimisation
Annonce baisse du taux d’IS (2022) + transformation ISF (2018) + taxe unique sur les revenus du capital (2018) = rapatriement des capitaux + attrait capitaux étrangers + investissement ds l’économie réelle (pari Macron)

Deuxième voie : les soutiens fiscaux à l’activité RD

Le Crédit Impôt Recherche (CIR) fonctionne depuis 2004 = crédit d’impôt de 30 % sur les dépenses de RD jq 100 millions

Evaluation (fin 2013) : attractif / labos ; déséquilibre coûts-avantages ; PME peu bénéficiaires

Troisième voie : la constitution de la BPI (Banque Publique d’Investissement) en 2013

Quatrième voie : les pôles de compétitivité (2005)

Faciliter liens RF-RA-Innovation sur un territoire…exemple : le pôle de compétences en immunologie de Marseille-Luminy

Qqs réflexions sur l’ensemble des dispositifs d’amélioration de la compétitivité :

.dispositifs très coûteux / impact réel

.systèmes de crédits d’impôts améliorent les marges mais quelle utilisation ?

.mesures de « flexibilisation » du travail renforcent le pouvoir de négociation des employeurs

. SURTOUT : ces dispositifs et mesures s’inscrivent dans une perspective de concurrence entre Etats yc au sein UE et repoussent la construction de politiques coopératives

TROISIEME PARTIE : UNE MONDIALISATION NON REGULEE, QQS CONSEQUENCES

Section 1 : du point de vue de la firme à celui de la société, la contradiction micro-macro

La mondialisation et la financiarisation des FMN

Jq la fin des 1970’ les grandes entreprises (GE) sont dominées par un actionnariat stable, principalement national, privilégiant la croissance à long terme

A/ c des 1980’ ce modèle éclate : prise de contrôle progressif des GE par les institutions financières ; ds le cadre d’une concurrence mondialisée hausse du cours de l’action = objectif central ; il en résulte pression sur les coûts et stratégies d’optimisation fiscale

Ces transformations ont d’importantes conséquences macroéconomiques :

.la contradiction autour du rôle du salaire -coût et pouvoir d’achat- débouche sur l’endettement (exemple des crédits titrisés dans l’immobilier puis dans l’automobile)

.la contradiction autour du rôle des recettes fiscales et sociales : coût (entreprise) et supports des dépenses publiques,

.la contradiction rentabilité financière/rentabilité économique : la contrainte de rentabilité pèse sur les investissements surtout à long terme et sur l’activité…..Les investissements de la transition énergétique dont rentabilité faible et aléatoire en difficulté,

.le rapport de forces économiques entre le capital financier et les Etats tourne à l’avantage des premiers : le renforcement du capital financier lui permet d’échapper aux conséquences de sa politique (sauvetage du monde financier post 2008 et alourdissement des finances publiques)

Section 2 : la pression sur le « coût du travail », la montée de la précarisation

Modalités : délocalisations, sous-traitance, travail détaché, contrats courts, flexibilisation de l’organisation du travail…

Montée des inégalités de revenu et de patrimoine a/c des années 1990 (voir Piketty)

Augmentation de la précarité :

.demandeurs d’emploi A +B +C : 3 millions (2008)…5,5 (2016) dont 2,6 longue durée (les DE catégories B et C = contrats courts, temps partiels, emplois inadaptés….)

.taux de chômage autour de 10 %….Ouvriers 15 %….jeunes > 20 %

.systèmes d’indemnisation moins favorables + pression accrûe sur demandeurs pour acceptation offres + pression sur services de l’emploi

.la montée de la précarisation se généralise dans l’UE

.conséquences : pertes de pouvoir d’achat et endettement ; mise en concurrence des salariés ; reclassement-déclassement accentué dans certaines zones ; détresse morale et physique ; concentration de la précarisation sur la « France périphérique »

Le pouvoir évocateur du cinéma : « La loi du marché » (Brizé, 2015) ; « 2 jours, une nuit » (frères Dardenne, 2014) ; « Moi Daniel Blake » (Loach, 2016)

Section 3 : la concurrence fiscale entre Etats et les pratiques d’optimisation fiscale

Concurrence entre Etats sur assiette et taux IS (impôt sociétés) 

Législations fiscales différentes conduisent aux pratiques d’optimisation et de « rulings » = assèchement des ressources des Etats et développement des paradis fiscaux : « Panama papers », « Paradise papers » révélateurs….rôle clé des grandes banques dans le transfert vers paradis….C’est la face cachée de la mondialisation

Début de réaction des Etats : échange automatique de données bancaires (2018) + enquêtes commission européenne sur les « rulings »

Section 4 : la pression sur les ressources et le réchauffement climatique, une autre mondialisation à l’oeuvre

L’empreinte écologique sur la Terre s’accentue : 0,6 (1960)….1,45 (2010)

Déforestation, fonte calotte glaciaire, appauvrissement de la biodiversité, émission de GES…

émissions GES x2 depuis 1970, nouvelle x2 d’ici 2050 si rien ne change

Avec + 10 mds habitants à l’horizon 2100 et + 4° de réchauffement l’adaptation est impossible

L’accord de Paris 2015, une régulation possible de la mondialisation climatique ?

Engagements volontaires des Etats aujourd’hui insuffisants + principe de responsabilité différenciée

Section 5 : la dépossession des Etats, un vide politique

Emergence d’un système économique mondialisé : triple mondialisation (échanges, financière, productive) + association concurrence-gouvernance comme principe de gouvernement

3 groupes d’acteurs clés : le système financiaro-productif ; les institutions supranationales ; les Etats seul cadre de politisation démocratique mais de plus en plus inopérant

Section 6 : une insertion maîtrisée dans la mondialisation, la Chine ?

 

19/12/17
Pensée et langage
Bernard Lamizet*

La pensée critique depuis le dix-huitième siècle et le discours de Kant

Bernard LAMIZET

Pensée et langage

Il ne peut y avoir de pensée sans langage. Au-delà de la dimension culturelle et anthropologique de cette question, sans doute est-ce, d’ailleurs, là que s’inscrit la différence fondamentale entre les hommes et les animaux, la rupture qui institue l’identité humaine. C’est la raison pour laquelle il importe de réfléchir à la question de l’articulation entre pensée et langage.

Une dialectique entre pensée et langage

Sans doute est-il vain de chercher à savoir si c’est par le langage que la pensée peut s’engager ou s’il est nécessaire de penser pour parler : langage et pensée constituent les deux faces d’une même pratique sociale. C’est dans le langage que la pensée se met en œuvre et c’est sur la pensée que se fonde la signification du langage.

La signification

La signification, articulation entre le signifiant – manifestation formelle du langage et de la signification – et le signifié – interprétation du signifiant au cours des pratiques de la communication et de l’échange symbolique, représente la mise en œuvre de la relation entre pensée et langage.

La représentation

C’est la représentation qui constitue l’articulation entre pensée et langage en lui donnant la consistance d’un signe, qu’il s’agisse d’un signe de la langue ou d’un signe situé dans d’autres modes de représentation : image, musique, son, arts plastiques.

Pensée, langage, culture

Le langage et la pensée s’inscrivent dans des cultures, dans des médiations symboliques de la communication et de la représentation. Cela implique que pensée et langage soient toujours situés dans des systèmes sociaux, c’est-à-dire dans des systèmes politiques d’appartenance et de sociabilité. C’est pourquoi on sait, en particulier depuis Aristote qui l’a formulé le premier, que l’homme est un zôon politikon, un être vivant politique.

Pensée, langage, psychisme

Si pensée et langage sont les deux instances de la pratique symbolique du sujet, ils sont, l’un et l’autre, articulés à son psychisme : en donnant à la pensée la dimension symbolique d’une représentation, le langage exprime aussi le psychisme du sujet qui parle. On ne peut séparer la dimension intellectuelle et culturelle du langage de sa dimension psychique, qui exprime le désir qui fonde l’identité du sujet.

Impensé, indicible, refoulement, censure

Comme tout système culturel et politique, ce qui institue le langage et la pensée, c’est leur limite, qui se manifeste sous la forme de la censure, dans deux dimensions, une dimension singulière qui prend la forme du refoulement, forme psychique de l’interdit, et une dimension collective qui prend la forme de la censure, limite imposée à la représentation par la culture et par la loi.

*Bernard Lamizet est professeur émérite de Sciences de l’information et de la communication à l’Institut d’études politiques de Lyon.

Bibliographie – Pensée et langage

AUSTIN (J.L.) (1970), Quand dire, c’est faire, tr. par G. Lane, Paris, Seuil, 187 p., ind. (Coll. « L’ordre philosophique »).BARTHES (Roland) (1957), Mythologies, rééd. Paris, Seuil, 1970, 247 p. (Coll. « Points »)

CAUNE (Jean) (1997), Esthétique de la communication, Paris, P.U.F., 128 p., bibl. (Coll. « Que sais-je ? »).

CHARAUDEAU (Patrick) et al. (2005), Le discours politique, Paris, Vuibert, 256 p.

DIDIER-WEILL (Alain) (1995) Les trois temps de la loi, Paris, Seuil, 354 p. (Coll. « La couleur des idées »)

FLICHY (Patrice), Une histoire de la communication moderne. Espace public et vie privée, Paris, La Découverte, 1991,289 p. , bibl., ind. (Coll. « La Découverte/Poche »).

FOUCAULT (Michel) (1966), les mots et les choses, Paris, Gallimard, 400 p. (« Bibliothèque des sciences humaines »).

FREUD (Sigmund) (2005), Cinq psychanalyses (1905-1918), tr. fr. par Marie Bonaparte et Rudolph M. Loewenstein (1954), Paris, P.U.F., 422 p. (« Bibliothèque de Psychanalyse »)

HABERMAS (Jürgen) (1978), L’espace public, tr. fr. de M. B. de Launay, Paris, Payot, 260 p., n., ind. bibl. (Coll. « Critique de la Politique »)

HOGGART (1970), La culture du pauvre, tr. fr. de F. et J.-C. Garcias et de J. C. Passeron, Paris, Éd. de Minuit, 401 p., bibl., ind. (Coll. « Le sens commun »)

LACAN (Jacques) (1949), Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je, telle qu’elle nous est révélée dans l’expérience psychanalytique, in LACAN (1966), p. 93-100.

LACAN (Jacques) (1966), Écrits, Paris, Seuil, 924 p., bibl., ind. (Coll. « Le champ freudien »).

LACAN (Jacques) (1974), Télévision, Paris, Seuil, 74 p. (Coll. « Le champ freudien »).

LAMIZET (Bernard) (1992), Les lieux de la communication, Liège, Mardaga, 331 p., bibl., ind. (Coll. « Philosophie et langage »).

LAMIZET (Bernard) (1999) La médiation culturelle, Paris, L’Harmattan, 447 p., bibl. (Coll. « Communication et civilisation »)

LAMIZET (Bernard) (2011), Le langage politique, Paris, Ellipses, 255 p., bibl.

LAMIZET (Bernard) (2016), Communication et médiation, Sarrbrücken, Éditions Universitaires Européennes, 326 p., bibl..

LAPLANTINE (François) (1999), Je, nous et les autres, Paris, Le Pommier/Fayard, 148 p., bibl. (Coll. « Manifestes »)

LÉVI-STRAUSS (Claude) (2008), Œuvres, Paris, Gallimard, 2063 p., bibl., n. (Bibliothèque de la Pléiade).

MATTELART (Armand) (1986), Penser les médias, Paris, La Découverte, 263 p. (Coll. « Textes à l’appui »).

MILNER (Jean-Claude) (1978), L’Amour de la langue, Paris, Seuil, 137 p. (Coll. « Le champ freudien »)

ROUSSEAU (Jean-Jacques) (1966), Le Contrat social (1762), in Œuvres complètes, Paris, Gallimard, t. 3, 1965 p. p. 347-470. (Bibliothèque de la Pléiade),

SAUSSURE (ferdinand de) (1973), Cours de Linguistique générale (1972), Éd. publiée par C. Bally et A. Sèchehaye, avec la collab. de A. Riedlinger, éd. critique préparée par T. de Mauro, Paris, Payot, 510 p., bibl, ind.

SCHREBER (Daniel Paul) (1975), Mémoires d’un névropathe (1903), tr. fr. par P. Duquenne et N. Sels, Paris, Seuil, 389 p. (Coll. « Le champ freudien »).

12/12/17
Pensée et langage
Bernard Lamizet*

Œdipe, l’inconscient, la loi et le langage

Pensée, langage, culture

Bernard LAMIZET

Pensée et langage

Il ne peut y avoir de pensée sans langage. Au-delà de la dimension culturelle et anthropologique de cette question, sans doute est-ce, d’ailleurs, là que s’inscrit la différence fondamentale entre les hommes et les animaux, la rupture qui institue l’identité humaine. C’est la raison pour laquelle il importe de réfléchir à la question de l’articulation entre pensée et langage.

Une dialectique entre pensée et langage

Sans doute est-il vain de chercher à savoir si c’est par le langage que la pensée peut s’engager ou s’il est nécessaire de penser pour parler : langage et pensée constituent les deux faces d’une même pratique sociale. C’est dans le langage que la pensée se met en œuvre et c’est sur la pensée que se fonde la signification du langage…

Continuer la lecture de 12/12/17
Pensée et langage
Bernard Lamizet*

05/12/17
Pensée et langage
Bernard Lamizet*

Langage et communication

Il ne peut y avoir de pensée sans langage. Au-delà de la dimension culturelle et anthropologique de cette question, sans doute est-ce, d’ailleurs, là que s’inscrit la différence fondamentale entre les hommes et les animaux, la rupture qui institue l’identité humaine. C’est la raison pour laquelle il importe de réfléchir à la question de l’articulation entre pensée et langage.

*Bernard Lamizet est professeur émérite de Sciences de l’information et de la communication à l’Institut d’études politiques de Lyon. Continuer la lecture de 05/12/17
Pensée et langage
Bernard Lamizet*

28/11/17
La parole comme prise de pouvoir
Céline Acker*

 


II. La parole comme prise de pouvoir

La parole éclaire, libère, permet de quitter l’immédiateté du sensible pour atteindre la permanence de la vérité grâce à un dire capable de saisir le principe des choses. Nous ne sommes plus alors condamnés à la perception ou à la description d’un monde matériel et sensible dans lequel nous nous trouvons. La parole nous ouvre un espace conceptuel et symbolique ou pour le dire autrement un monde de la pensée souvent défini comme un monde propre aux hommes. Pourtant cette même activité de parole est aussi le lieu par excellence où se joue entre les hommes une lutte pour un pouvoir non plus de libération ou d’intelligibilité mais de domination non seulement du monde mais aussi des autres. L’enjeu de ces séances sera de penser l’acte de parole dans cette ambiguïté même : à la fois comme création et comme violence. Critiquer la parole, c’est peut-être faire surgir de ses limites-mêmes un autre parler plus humble et plus fragile, que l’on pourrait appeler parole démocratique. En dernière instance, ce sera précisément ce parler démocratique qu’il nous faudra tenter de définir.

*Céline Acker

Ancienne élève de l’École normale supérieure (Lyon), agrégée de philosophie, enseigne la philosophie en classes de Terminales au lycée Victor-Hugo (Marseille). Elle intervient également en classes préparatoires au lycée Thiers (Marseille).

21/11/17
Le pouvoir éclairant de la parole
Céline Acker*

I. Le pouvoir éclairant de la parole

La parole éclaire, libère, permet de quitter l’immédiateté du sensible pour atteindre la permanence de la vérité grâce à un dire capable de saisir le principe des choses. Nous ne sommes plus alors condamnés à la perception ou à la description d’un monde matériel et sensible dans lequel nous nous trouvons. La parole nous ouvre un espace conceptuel et symbolique ou pour le dire autrement un monde de la pensée souvent défini comme un monde propre aux hommes. Pourtant cette même activité de parole est aussi le lieu par excellence où se joue entre les hommes une lutte pour un pouvoir non plus de libération ou d’intelligibilité mais de domination non seulement du monde mais aussi des autres. L’enjeu de ces séances sera de penser l’acte de parole dans cette ambiguïté même : à la fois comme création et comme violence. Critiquer la parole, c’est peut-être faire surgir de ses limites-mêmes un autre parler plus humble et plus fragile, que l’on pourrait appeler parole démocratique. En dernière instance, ce sera précisément ce parler démocratique qu’il nous faudra tenter de définir.

*Céline Acker Continuer la lecture de 21/11/17
Le pouvoir éclairant de la parole
Céline Acker*

14/11/17
Analyse philosophique du concept de divin de l’antiquité au XXième siècle
Anaïs Simon*

Anaïs Simon*

Analyse philosophique du concept de divin de l’antiquité au XXième siècle – 2/2

« Le propre de la rationalité philosophique est de proposer des hypothèses cosmologiques à la place des mythes cosmogoniques. Ainsi les dieux d’Hésiode sont-ils relégués hors de notre monde par Épicure et Lucrèce. Le Dieu de Descartes est infiniment puissant, créateur de toutes vérités, au point qu’il pourrait vouloir le mal.
Spinoza conçoit Dieu comme Nature, cause de soi et de tout l’univers, mais sans que cela ne participe d’aucune intention créatrice. Les dieux des philosophes n’ont rien de catholiques… »

*Anaïs Simon est titulaire d’un doctorat de philosophie, professeure au Lycée Saint-Exupéry à Marseille où elle prépare les élèves aux épreuves du baccalauréat en philosophie en les initiant à l’examen critique et argumenté de problèmes métaphysiques, politiques, moraux et épistémologiques.

07/11/17
Significations de la divinité
Bernard Lamizet*

 

Bernard LAMIZET

(Professeur émérite, Institut d’Études Politiques de Lyon)

SIGNIFICATIONS DE LA DIVINITÉ

Il est important de penser les significations de la divinité et du fait religieux, car elles nous permettent de mieux penser notre histoire en l’inscrivant dans ce que l’historien Fernand Braudel appelle le temps long. Or, pour penser le temps long, il est nécessaire d’ancrer notre réflexion sur l’histoire et sur ses significations dans une articulation avec les logiques culturelles et politiques de l’Antiquité. En effet, notre langue et notre culture s’inscrivent dans une histoire longue qui fonde leur signification sur une forme de continuité symbolique avec les cultures de l’Antiquité dont elles sont issues. C’est ainsi, en particulier, que l’on peut situer le grec theos, le latin deus, et le français dieu dans la même étymologie, celle du grec Zeus et du latin Jus, de Jupiter : cette étymologie désigne la lumière du soleil que l’on peut observer dans le ciel, ce qui revêt deux significations : d’abord, elle renvoie à l’universalité et à l’inaccessibilité du ciel, qui explique que ce soit dans le ciel que se sont toujours situées les figures de la divinité ; ensuite, elle renvoie à la lumière et, en particulier, à la lumière de l’éclair et à son caractère insoutenable : on ne peut regarder l’éclair, de la même manière que l’on ne peut regarder la divinité qui se situe, ainsi, hors de la spécularité. Continuer la lecture de 07/11/17
Significations de la divinité
Bernard Lamizet*